Dr Renaud Péquignot

Hôpital public, l’ampleur de la crise : l'avis du professionnel

12.02.2020

2 questions au Dr Renaud Péquignot, chef du service de médecine et réadaptation des hôpitaux de Saint-Maurice (Val-de-Marne), vice-président d’Action praticiens hôpital (APH) et président d’Avenir hospitalier (AH).

 

EN QUOI LA SITUATION ACTUELLE DE L’HÔPITAL PUBLIC EST-ELLE PARTICULIÈREMENT ALARMANTE ?

Dr R.P. : « C’est en premier lieu la dégradation des conditions de travail à l’hôpital qui est devenu un problème : la charge de travail du personnel hospitalier augmente sans arrêt. Nous passons nos journées à courir, à gérer plusieurs choses en même temps : cela génère beaucoup de stress et augmente le risque d’erreur. Le manque grandissant de praticiens hospitaliers est devenu inquiétant.
Alors que le taux de postes vacants était autrefois légèrement supérieur à 0 %, il était de 2 % en 2018 et l’année 2019 sera du jamais vu. Ce déficit de personnel est lié
aux rémunérations des praticiens qui sont aujourd’hui bloquées et qui souffrent de la concurrence de l’intérim. L’hôpital fait appel à des médecins intérimaires qui perçoivent en une garde à l’hôpital ce qu’un praticien gagne en une semaine. Le fait que l’hôpital public ait de plus en plus de difficultés à recruter et à conserver son personnel est un signe de malaise profond.»

 

COMMENT SORTIR DE CETTE SITUATION DE CRISE ?

Dr R.P. : « Sortir l’hôpital public de ses difficultés passe par l’augmentation des moyens accordés aux établissements. Une hausse faible de l’Ondam (enveloppe plafonnée des dépenses de santé en France) ne suffira pas et sans autre mesure que celles annoncées à l’automne par le gouvernement, 2020 promet d’être terrible. La difficulté actuelle ne relève pas de l’organisation mais du besoin de ressources humaines. Lorsqu’un service perd un ou deux professionnels de santé non remplacés, le résultat est désastreux : les conditions de travail se dégradent à tel point que le personnel restant s’en va et le service ne tarde pas à fermer. Alors que le nombre de patients ne cesse d’augmenter, nous voyons des unités mettre la clé sous la porte.
La mobilisation actuelle des personnels des hôpitaux publics - médecins, internes, infirmiers - montre une détermination qui correspond bien au risque grave qui se profile de la fin de l’hôpital public. Les usagers sont les premiers concernés, ils comptent sur l’hôpital public pour se faire soigner et ils sont nombreux à soutenir ce mouvement.»