Tatouage, le corps à l’épreuve de la mode

Tatouage, le corps à l’épreuve de la mode

23.06.2017

Le tatouage connaît en France un engouement sans précédent. Il semble transformer le corps en véritable accessoire de mode que l’on « customise » à loisir. Que révèlent ces pratiques corporelles ? Existe-t-il des risques à cette tendance en plein développement ?

Le tatouage n’est plus l’apanage de personnalités rebelles désireuses d’afficher leur envie de subversion. La pratique du tatouage s’est largement banalisée ces dernières années en France et concerne pas moins de 14 % de la population en 2016, contre 10 % en 2010*. En quelques années, la pratique a gagné 2 millions d’adeptes faisant fleurir les boutiques de tatouage dans les centres urbains,
et révélant un nouveau marché des pratiques culturelles en France. Les plus nombreux à se lancer sont les jeunes de 25 à 35 ans : un jeune sur 4 porte un tatouage*. Les femmes sont plus nombreuses à passer à l’acte désormais. Elles sont 17 % (contre 11 % d’hommes) à être tatouées et favorables à renouveler l’expérience. Le phénomène marque un nouveau rapport au corps : ce dernier, véritable support d’expression, est devenu un matériau modelable à souhait – parfois jusqu’à porter atteinte à son intégrité.

Une quête de sens
Tatouage, piercing et scarifications, les marquages du corps sont aussi anciens que l’homme selon les anthropologues. Les sociologues, eux, voient dans l’engouement actuel pour le tatouage de nouvelles formes de l’individualisme : la personne cherche à se différencier pour affirmer sa liberté et sa singularité dans un monde aux repères en constants mouvements. Se distinguer des autres grâce à des signes indélébiles, c’est se prouver à soi-même et aux autres que l’on existe. C’est aussi incorporer le monde dans son être et le manifester aux autres. De la culture à l’art
D’inspiration gothique, asiatique, tribale ou abstraite, le tatouage se décline en divers styles et en couleurs, et l’on choisit son motif sur catalogue. Les prix dépendent de la taille, du dessin, de la partie du corps. Il faut compter de 90 € à 2000 €, ou plus pour de grands formats. Pour beaucoup, le tatouage est plus qu’une mode, c’est un art en soi. Certains tatoueurs recherchés pour leur style se sont fait un nom et réclament que leurs créations originales soient respectées et protégées par les droits d’auteurs.

Des risques certains
Le tatouage consiste à introduire des pigments minéraux ou végétaux à une profondeur de 0,6 à 4 mm sous l’épiderme, l’épaisseur de la peau variant selon les parties du corps. Le monde médical considère ces pratiques comme de véritables agressions corporelles et estime que des conditions de sécurité identiques à celles des actes médico-chirurgicaux devraient encadrer ces interventions, surtout lorsqu’elles concernent certaines zones (bouche, langue, aile du nez, mamelon…).
Les risques ne sont pas négligeables : infections virales et bactériennes liées à un manque d’hygiène au moment de son exécution, mais aussi allergies aux encres qui apparaissent quelquefois plusieurs années après.

S’il n’existe pas d’obligation de formation aux praticiens, la profession a cependant mis en place des règles de bonnes pratiques autour du Syndicat national des artistes tatoueurs (SNAT) : conditions d’hygiène, aiguilles à usage unique, outils stérilisés, gants de chirurgie…. Autant dire qu’on peut s’entourer de toutes les précautions. Reste un risque plus difficile à appréhender, celui du ratage.



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RISQUE AU FEMININ
Un tatouage dans la région lombaire peut dissuader un anesthésiste de procéder à une péridurale lors d’un accouchement en raison du risque de libérer de l’encre et de l’entrainer vers le système nerveux.

LA MODE À REGRET ?
Un tatouage correspond à une occasion, à un âge de la vie ou à un moment culturel. Que devient-il avec le temps lorsque les envies évoluent, que l’enthousiasme s’efface, voire se mue en rejet ? Certains en viennent à détester leurs tatouages. Outre les risques sanitaires, la problématique psychologique du marquage permanent reste encore peu abordée. En cas de regrets, deux solutions possibles : le recouvrement du tatouage par un nouveau, ou un traitement de chirurgie laser qui permet d’éliminer l’encre, non sans laisser quelques souvenirs cuisants et parfois quelques cicatrices.

TATOUAGE ÉPHÉMÈRE
De quelques jours à quelques mois, plusieurs types de tatouage éphémères ou tatouages bijoux sont désormais proposés par plusieurs marques. Le tatouage s’émancipe ainsi de sa nature permanente pour mieux jouer avec la mode.

RISQUE AU FEMININ
Un tatouage dans la région lombaire peut dissuader un anesthésiste de procéder à une péridurale lors d’un accouchement en raison du risque de libérer de l’encre et de l’entrainer vers le système nerveux.

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BON A SAVOIR
• Une autorisation parentale est indispensable pour tout mineur souhaitant se faire tatouer, percer, scarifier…
• Il est fortement déconseillé avant l’âge de 16 ans de percer ou tatouer la langue, les mamelons et les régions génitales.
• Il faut éviter de donner son sang au cours de l’année qui suit un tatouage, un perçage, une scarification….